AGORA : LE DOMAINE PUBLIC   |   MOT DU DIRECTEUR

AGORA : LE DOMAINE PUBLIC
Introduction : L'avenir de l'espace public


« La ville n'est pas simplement un lieu où habiter, faire ses courses et faire jouer ses enfants. C'est un lieu d'où on tire son éthique, où on développe son sens de la justice, où on apprend à parler avec des gens qui sont différents de nous et à apprendre d'eux, qui est la façon dont un être humain devient humain. »
Richard Sennett, The Civitas of Seeing (1989)



Montréal a fort à célébrer dans sa vibrante vie urbaine. Comme c'est l'une des grandes villes du monde, les espaces urbains y ont d'abondantes occasions de faire ce qu'ils font le mieux : servir de tribunes aux ralliements politiques, rassembler les gens dans des festivals annuels, mêler les regards d'étrangers de différentes cultures et de différentes classes. Centres de rassemblement social et d'échange politique, les espaces publics permettent aux habitants de la ville de se rencontrer dans un agora virtuel d'échanges intellectuels et sociaux.

Dans le monde en général - et même ici - les espaces publics semblent plus paisibles qu'autrefois. Le lieu de rencontre public a traditionnellement été au coeur de la vie de la ville, formant les espaces de rassemblement où nous habitons, travaillons et jouons. La vie publique moderne commence toutefois à délaisser les squares, les parcs et les boulevards qui forment les espaces publics urbains classiques. À l'âge du bricolage urbain, nous allons à tel événement ou dans tel lieu, composant notre identité en créant une palette toujours changeante de lieux soigneusement choisis, souvent socialement homogènes. Nous avons la possibilité de créer nos expériences urbaines à la carte, personnalisant notre cadre au lieu d'aborder de front le mélange cru de la vie publique.

Le quartier international, les quartiers universitaires et le projet de quartier des spectacles de Montréal répondent à notre désir d'espaces aisément accessibles à l'échelle de la ville. La ville se partage graduellement en morceaux thématiques cherchant chacun à séduire les clients par des bannières et un mobilier de rue à l'avenant. Ce nouveau design d'espace public tend cependant à fermer ses frontières aux promeneurs, aux vendeurs et aux artistes de la rue - éléments qui pourraient troubler les environs soigneusement régis. L'obsession de la sécurité écarte ces éléments indésirables des vieux espaces et parcs publics dans l'embellissement desquels la ville a investi.

D'autre part, est-ce que le public d'aujourd'hui veut même des vieux espaces publics ? Notre préférence pour l'intimité et la solitude a forgé le succès des centres commerciaux souterrains de la culture de consommation : lieux anonymes au climat contrôlé où la caisse enregistreuse est maîtresse. Rem Koolhaas et son groupe de recherche de Harvard vont même jusqu'à suggérer que le shopping a remplacé les anciennes formes de vie sociale dans le monde.

Maintenant que nos villes deviennent des parcs thématiques de consommation, où trouve-t-on la diversité et la multiplicité de la vie publique authentique ? Quel rôle devraient maintenant jouer les espaces publics traditionnels de nos villes ? Est-il possible d'établir - ou de créer - de nouvelles formes de domaine public correspondant à notre mode de vie contemporain ?

La Biennale réunit d'éminents artistes visuels, architectes, concepteurs urbains et concepteurs paysagers du monde pour répondre à ces questions à facettes multiples - et en soulever de nouvelles.

Et vous, le public, êtes invités à y participer.




 

 

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